
Aucune loi n'impose l'assurance emprunteur, mais les banques en font presque toujours une condition d'octroi. Elle rembourse tout ou partie du capital restant dû en cas de décès, d'invalidité ou d'arrêt de travail. Vous restez libre de choisir un autre assureur que votre banque et de changer de contrat à tout moment. Sous 200 000 € d'encours assuré par personne et un crédit soldé avant 60 ans, aucun questionnaire de santé ne peut vous être demandé.
Bien qu'elle représente le deuxième poste de dépense d'un crédit immobilier après les intérêts, l'assurance emprunteur reste trop souvent négligée lors du montage du dossier. Pourtant, aucune loi ne vous oblige à souscrire le contrat proposé par votre banque prêteuse.
Acteur majeur de l'immobilier neuf depuis plus de 50 ans, Kaufman & Broad vous détaille le fonctionnement de cette protection : son rôle exact, les garanties exigées par les établissements bancaires et les leviers légaux dont vous disposez pour adapter votre couverture à votre projet.
Ce contrat prend le relais du remboursement lorsque vous ne pouvez plus l'assurer vous-même.
En cas de décès, d'invalidité ou d'incapacité de travail, l'assureur verse à la banque tout ou partie du capital restant dû, selon la garantie mobilisée et la quotité souscrite. Votre famille conserve le logement sans avoir à supporter la dette.
La protection joue dans les deux sens : elle apporte une sécurité à l'établissement prêteur, ce qui explique qu'il en fasse une condition de l'octroi, et elle protège vos proches d'une situation qu'ils ne pourraient pas assumer.
Juridiquement, non : aucun texte n'impose de souscrire une assurance emprunteur pour obtenir un crédit. En pratique, les établissements en font presque systématiquement une condition d'octroi, inscrite dans l'offre de prêt.
La souscription d'une assurance n'est donc pas la seule voie possible. Une banque peut accepter une garantie de substitution, par exemple le nantissement d'un contrat d'assurance vie ou d'un portefeuille de titres, mais cette solution reste réservée à des profils patrimoniaux et relève de son appréciation.
La nuance compte, car elle fonde une liberté réelle : la banque peut exiger une assurance, elle ne peut pas vous imposer la sienne. C'est le principe de la délégation d'assurance, acquis depuis la loi Lagarde de 2010.
L'établissement conserve un droit de regard sur le niveau de protection. Il peut refuser un contrat externe uniquement si les garanties ne sont pas équivalentes aux siennes, en s'appuyant sur une grille de critères qu'il doit vous avoir communiquée.
Un projet d'achat immobilier dans le neuf ?
Loi n° 2022-270 du 28 février 2022 pour un accès plus juste aux assurances emprunteur
Code de la consommation, articles L. 313-29 à L. 313-32, assurance emprunteur et délégation
Code des assurances, article L. 113-8, fausse déclaration
Comité consultatif du secteur financier, critères d'équivalence des garanties
Toutes les garanties ne se valent pas, et les exigences varient selon l'établissement, le profil de l'emprunteur et la nature du projet.
La garantie décès rembourse le capital restant dû au jour du décès. Elle est généralement exigée par les banques. La perte totale et irréversible d'autonomie, ou PTIA, joue lorsque l'assuré ne peut plus exercer d'activité et doit être assisté dans les actes de la vie courante : elle est également très fréquente, notamment pour le financement d'une résidence principale, mais les exigences varient selon le contrat et le profil de l'emprunteur.
L'incapacité temporaire de travail, garantie ITT, assure la prise en charge des échéances pendant un arrêt de travail, après un délai de franchise généralement compris entre 30 et 180 jours. L'invalidité permanente totale, ou IPT, se déclenche le plus souvent à partir d'un taux d'invalidité de 66 %, l'invalidité permanente partielle, ou IPP, se situe généralement entre 33 % et 66 %. Ces seuils sont fréquents mais restent contractuels : chaque assureur définit son propre mode de calcul du taux, et deux contrats peuvent aboutir à des conclusions différentes pour une même situation.
Pour l'achat d'une résidence principale, la plupart des banques demandent ces garanties en complément du socle décès et PTIA. Certaines s'en dispensent selon le profil ou la quotité retenue : vérifiez ce que votre offre exige réellement.
Facultative, elle couvre les échéances en cas de licenciement, sous conditions : ancienneté minimale, contrat à durée indéterminée, délai de carence, durée d'indemnisation limitée. Son coût, ses conditions d'accès, ses délais de carence et ses exclusions méritent un examen attentif, et son intérêt dépend notamment de votre situation professionnelle.
La quotité désigne la part du capital couverte pour chaque emprunteur. Elle est définie à la souscription et peut, dans certains cas, être modifiée en cours de prêt avec l'accord de la banque et de l'assureur.
Un couple doit couvrir au minimum 100 % du capital au total, réparti librement. Une répartition à 50 % sur chaque tête coûte moins cher, mais en cas de décès de l'un, la moitié seulement du capital est remboursée : le survivant continue de payer l'autre moitié.
Une couverture à 100 % sur chaque tête, soit 200 % au total, coûte davantage mais solde intégralement le crédit. L'arbitrage dépend de l'écart de revenus dans le couple et de la capacité du survivant à assumer seul la mensualité.
BON À SAVOIR
Comparez les contrats à partir du taux annuel effectif de l'assurance, le TAEA, et du coût total de l'assurance, puis vérifiez les garanties, les exclusions, les franchises et le mode d'indemnisation. Certains contrats calculent la prime sur le capital initial, d'autres sur le capital restant dû, ce qui peut entraîner des écarts importants sur le coût total du crédit.
Ce texte de 2022 a modifié deux règles qui pénalisaient fortement certains profils.
Le questionnaire de santé est supprimé lorsque deux conditions sont réunies. La part assurée sur l'encours cumulé de vos crédits immobiliers ne doit pas dépasser 200 000 € par assuré, tous prêts et tous assureurs confondus, et le remboursement doit s'achever avant votre 60e anniversaire.
Le seuil porte donc sur le capital assuré, pas sur le montant emprunté. Un couple qui répartit la couverture à parts égales peut ainsi rester sous le plafond sur un prêt nettement supérieur, à condition de n'avoir aucun autre crédit immobilier assuré en cours.
Le droit à l'oubli a par ailleurs été ramené à cinq ans. Il s'applique lorsque le protocole thérapeutique est terminé depuis au moins cinq ans, qu'aucune rechute n'est survenue et que le contrat prend fin avant le 71e anniversaire de l'assuré, dans le cadre fixé par la convention AERAS. Il ne concerne que les pathologies cancéreuses et l'hépatite virale C.
Les éventuelles séquelles ou conséquences de la maladie doivent toutefois être déclarées : c'est la pathologie elle-même qui n'a plus à l'être.
Pour les autres affections, la convention AERAS prend le relais avec sa grille de référence, qui encadre les surprimes et les exclusions applicables à une trentaine de pathologies.
Hors de ces cas, le questionnaire reste la règle, et les réponses engagent. Une fausse déclaration intentionnelle peut entraîner la nullité du contrat, donc l'absence totale de prise en charge. Une omission ou une inexactitude non intentionnelle n'entraîne pas automatiquement cette nullité, mais selon le moment où elle est découverte et ses conséquences sur le risque déclaré, la prise en charge ou le montant de l'indemnité peuvent être affectés.
C'est l'apport le plus concret du texte de 2022 : la résiliation est possible à tout moment, sans frais ni date anniversaire à respecter.
LE SAVIEZ-VOUS
Depuis la loi Lemoine, vous n'avez plus besoin d'attendre la date anniversaire de votre contrat pour changer d'assurance de prêt : vous pouvez en changer à tout moment, sans frais ni pénalité. Les anciennes contraintes de calendrier (lois Hamon et Bourquin) appartiennent au passé.
La démarche tient en trois étapes. Vous signez un nouveau contrat d'assurance emprunteur présentant des garanties équivalentes, vous adressez la demande de substitution à votre banque, qui dispose de dix jours ouvrés pour répondre. Un refus doit être motivé par écrit et fondé sur une garantie précise jugée insuffisante.
L'écart de tarif se creuse surtout pour les emprunteurs jeunes et non-fumeurs : les contrats groupe des banques mutualisent le risque, là où un contrat individuel tarifie selon le profil. Le gain dépend de votre âge, du capital restant dû et de la durée résiduelle, et se mesure sur le TAEA, pas sur la seule cotisation mensuelle.
Deux offres d'assurance de prêt affichant la même cotisation peuvent couvrir très différemment. Quatre points méritent une lecture attentive avant de signer.
La base de calcul de la cotisation : capital initial ou capital restant dû
Les délais de franchise applicables à l'incapacité de travail
Le mode d'indemnisation : forfaitaire, qui verse l'échéance quelle que soit votre perte de revenus, ou indemnitaire, qui compense seulement la perte réelle
Les exclusions, notamment sur les affections dorsales et psychologiques, les sports pratiqués et les déplacements professionnels
Ces éléments figurent dans la fiche standardisée d'information, remise avec la proposition d'assurance au cours du processus de crédit. Notre article sur la façon de constituer un dossier de crédit immobilier rappelle à quel moment la réclamer.
LE MOT DES EXPERTS
Traitez l'assurance en même temps que le taux. Après l'émission de l'offre, la substitution reste possible, mais elle nécessite une demande formelle et peut allonger le traitement administratif. Présentez votre contrat délégué dès le dépôt du dossier : vous négociez alors deux lignes au lieu d'une.